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Reconstruction de la société - Analyses convivialistes
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TRIBUNE accueille ici mes points de vue convivialistes liés à l'actualité.
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Croissance: pour un nouveau cap

Tribune publiée dans Ouest-France du lundi 19 décembre 2016
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Pourquoi nous promettent-ils tous, de Mélenchon à Macron en passant par Fillon et Valls, sans oublier Le Pen, le retour de la croissance ? Certes, chacun a sa potion originale qu’il (ou elle) pense meilleure que celle administrée par l’actuel président Hollande. Mais pourquoi garder le cap sur la croissance alors que, pour sûr, cette croissance sera molle ?

Depuis la crise de 2008, même si la plupart des grandes banques renflouées par les Etats font à nouveau des profits – comme les banques françaises dont le tiers des profits se fait dans les paradis fiscaux- et même si les Bourses sont optimistes, la situation financière est en fait douteuse et la croissance atone. Dans son dernier rapport, le Fonds monétaire international (FMI) a exprimé ses plus grands doutes sur l’état de santé réel des banques européennes. Ses prévisions de croissance pour les pays « avancés » restent sous les 2%.

Les faits sont là et il y a une explication de fond. Elle a été donnée par Robert Gordon et reprise par le FMI, en juin 2016, sous le titre « la fin de l’âge d’or », celui de l’ère industrielle. Nous n’aurons plus cette croissance qui, aux Etats-Unis – comme en France- a élevé l’espérance de vie de 45 ans en 1870, à plus de 70 ans en 1970. Les deux premiers âges de l’industrie, de la vapeur et de l’acier, ont transformé les conditions matérielles de vie et de travail du plus grand nombre dans les pays avancés : nourriture, logement, transports, télécommunications, éducation, distractions, sports et culture, soins de santé.

Qualité de vie et cohésion sociale


En revanche, après 1970, si les innovations du troisième âge industriel (l’électronique et les technologies de l’information) ont bien apporté quelques améliorations aux objets de la vie courante, elles n’ont pas amené de rupture. C’est avant 1970 que le train, l’avion, l’automobile, le réfrigérateur, la machine à laver, le téléviseur et le téléphone, la grande distribution avaient changé radicalement l’organisation des bases de la vie matérielle.

Certes les innovations du numérique apportent plus de confort à des modalités préexistantes et offrent quelques années d’espérance de vie en plus. Mais leur impact technique le plus fort, sur la performance productive et l’emploi, se révèle socialement négatif. Les innovations ont toujours été des destructions créatrices, mais cette fois la balance est négative, elles sont destructrices nettes d’emplois.

Qui plus est la croissance de la productivité diminue dans tous les pays avancés depuis 1975. Et rien ne permet d’inverser la tendance. Les entreprises ne s’y trompent pas et l’investissement net, aux Etats-Unis comme en Europe, après avoir stagné entre 2000 et 2008, décline comme le montre un rapport de l’OCDE de 2015.
Il est donc urgent de se mobiliser pour avancer dans une nouvelle direction : celle de l’amélioration de la qualité de vie et de la cohésion sociale. Ce cap ne sera pas atteint par la croissance et la promesse faite à chacun d’un meilleur niveau de vie avec un emploi salarié à 35 ou 40 heures par semaine. Beaucoup ont l’intuition de son impossibilité : c’est ce que révèlent les propositions nommées diversement mais qui toutes veulent donner à chacun un revenu de base non lié au travail.

Ce genre de proposition est loin d’être suffisant, car changer de cap exige de répondre au défi de savoir organiser la société dans une économie en état stationnaire (cf les travaux d’Herman Daly). Quiconque proposera le changement de cap nécessaire devra organiser une grande mobilisation nationale pour relever collectivement ce défi. Marc Humbert
Professeur d’économie politique à l’université de Rennes.


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Fidel Castro: la fin du dernier mythe?

Tribune publiée dans Ouest-France du mercredi 30 novembre 2016
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Mme Thatcher l’avait proclamé : « il n’y a pas d’alternative au libre marché ». Des propos confirmés par la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’URSS. Seul Fidel Castro maintenait le mythe. Cuba résistait au marché libre. Ceci malgré les énormes difficultés rencontrées par la perte du soutien d’une URSS disloquée et le renforcement du blocus américain.

Pourquoi cela a-t-il été possible ? Comment le régime Castriste, avec ses spécificités, a-t-il finalement tenté, depuis dix ans d’organiser sa propre version hybride du marché et de la solidarité ?

Avant la révolution, les Cubains, sous une dictature alliée des Etats-Unis, vivaient tout aussi miséreux et exploités que leurs voisins d’Haïti ou de la République Dominicaine. Fidel Castro a imposé un régime totalitaire. Son éthique de la solidarité n’acceptait aucune dissidence. Nul ne pouvait critiquer la révolution et le régime en dehors des comités de quartier. La propriété privée a été abolie, le régime était celui du parti unique. Les dissidents étaient emprisonnés, souvent torturés, parfois fusillés. Le pays a compté jusqu’à 70 000 prisonniers politiques. Amnesty a été expulsée, et l’opinion publique internationale a condamné le non-respect des droits de l’homme.

Pourtant le peuple ne s’est pas soulevé en masse comme en d’autres lieux. Pourtant les trois derniers papes ont rendu visite à Fidel Castro, et pas seulement parce que les prêtres et les Eglises n’ont pas été poursuivis pour propagation de la religion. La raison en est la réelle solidarité sociale qui a prévalu à Cuba au bénéfice de tous. A la différence de bien des pays plus ou moins « libres », il n’y a eu, à Cuba ni enrichissement éhonté des élites ni montée des inégalités mais au contraire élévation des conditions matérielles de vie pour le plus grand nombre.

Régime autoritaire et progrès humain


Cette réalité est objectivée dans les indices de développement humain publiés par les Nations-Unies encore en 2014. Alors que les pays voisins sont au 101e rang, pour la République Dominicaine et au 163e, pour Haïti, Cuba est loin devant, au 67e rang. Avant la Turquie (72e), l’Ukraine (81e), la Thaïlande (93e), la Tunisie (96e), le Vietnam (116e), le Maroc (126e) ou le Cameroun (153e).

Les biens communs à Cuba y sont de qualité et gratuits – ce qui réduit le montant nécessaire de revenus monétaires. Tous les Cubains ont eu plein accès à l’éducation, à la culture, à la santé et ont partagé les biens matériels, certes parfois rares : l’abondance y est frugale. L’espérance de vie y est de 79 ans, comparable à celle des pays riches. La science cubaine est au top mondial, par exemple en médecine, en agro-bio-technologies, en climatologie.

Seul pays à être sorti du sous-développement sans avoir fait monter les inégalités, Cuba affronte depuis dix ans le défi de restaurer les libertés et de construire une hybridation de la solidarité avec le marché. Ces dernières années Fidel Castro s’était convaincu que la délibération, la négociation, pouvaient domestiquer le marché. Comme il lui a été possible de faire négocier la paix par les révolutionnaires colombiens (Farc), avec leur gouvernement de droite, Cuba devait négocier avec les Etats-Unis. Persuadé que la solidarité y gagnerait et que le libre marché devrait reculer pour faire face à l’étendue de la pauvreté et au désastre écologique mondial. Pour lui, il fallait tenir bon sur la solidarité : Hasta la victoria, Siempre !

Marc Humbert
Professeur d’économie politique à l’université de Rennes 1.


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