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Reconstruction de la société - Analyses convivialistes
en savoir plus sur cet ouvrage dirigé par Marc Humbert, publié au PUR de Rennes en 2017


NEW - Penser la situation politique après les élections de mai-juin 2017

TRIBUNE accueille ici mes points de vue convivialistes liés à l'actualité.
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Alstom-Siemens dans la bataille mondiale

Tribune publiée dans Ouest-France du jeudi 28 septembre 2017
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La France a longtemps considéré que la compétition économique mondiale se faisait entre nations. Elle s’est efforcée, dans les années 1960, de promouvoir la concentration de ses entreprises. Il s’agissait d’en faire des champions nationaux face à l’Amérique des grandes entreprises.

Elle a aussi lancé de grands plans stratégiques dans les secteurs dits d’avenir, le plan calcul, le nucléaire, l’aéronautique, le spatial, les télécoms…Bref, une politique industrielle pour soutenir l’industrie française dans la bataille mondiale du progrès technique et de l’efficience.

La dimension européenne du renforcement a débuté sur le charbon et l’acier, mais les premiers succès n’ont pas enrayé le déclin international. Certains, en France, ont rêvé de transposer au niveau européen le modèle des champions, des grands plans. Le spatial (Ariane) et l’aéronautique (Airbus) sont des succès.

Mais dans l’informatique, les télécoms et plus largement l’électronique, non seulement la France, mais l’Europe, n’ont pas su résister. Pire, elles se sont faits également dépasser dans les services induits par ces technologies matérielles : Google, Facebook, Amazon. Et nous sommes entrés dans une nouvelle phase de la bataille mondiale.

Le défi américain s’appuyait sur une certaine avance technologique soutenue en arrière-plan par les dépenses militaires, des achats publics, un vaste et riche marché intérieur. Une main d’œuvre efficace mais mieux rémunérée qu’en Europe.

Le défi chinois s’appuie, lui, sur un rattrapage technologique réussi, des dépenses militaires, des achats publics, un vaste marché intérieur et de fortes performances à l’exportation liées à des coûts domestiques et salariaux très bas. Et un pilotage stratégique qui a disparu en France comme en Europe. Face à ce défi plus grand, les soutiens – par exemple pour Alstom-Siemens- doivent aussi être plus importants.

Les nations doivent négocier


En outre les risques vont s’étendre. D’ici à quinze ans, la Chine bousculera entre autres le duopole Boeing – Airbus. Le discours de la mondialisation libérale prétend que ce sont les firmes qui se battent et pas les nations. Aux nations de vérifier – autant que possible- que la compétition soit loyale et de faire la promotion du libre-échange à l’OMC et au travers de traités comme le Tafta ou le Ceta. C’est illusoire de croire que c’est parce qu’elles étaient entravées par le droit du travail que les initiatives françaises n’ont pas permis de poursuivre sur l’avancée du TGV ou de céder Alcatel-Lucent à Nokia, qui licencie en France aujourd’hui. C’est plus par insuffisance de soutiens.

Cessons ces discours hypocrites. La bataille industrielle est menée par des firmes épaulées par des Etats, c’est particulièrement vrai face au défi chinois actuel. La fusion Alstom-Siemens ne réussira pas à enrayer le déclin international sans un fort soutien public et un accord sur la répartition entre France et Allemagne. Le succès exige de mettre sur les tables des négociations internationales, non pas le libre-échange, mais la répartition internationale des tâches.

Concernant la production de biens tels que les lanceurs de satellites, les avions longs et moyens courriers, les trains à grande vitesse, les centrales électriques solaires etc. à l’heure de la mondialisation, les nations doivent négocier qui fait quoi. Comment chacune peut avoir accès à ces biens nécessaires et comment ensemble elles construisent le monde de demain. Sinon, on en reste à ce qui est une bataille mondiale qui fait des gagnants et des perdants.

Marc Humbert
Professeur émérite d’économie politique à l’université de Rennes 1.

La (dernière?) carte postale

Tribune publiée dans Ouest-France du samedi 26 août 2017
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Pour ceux qui restent à la maison pendant l’été, les cartes postales apportent – ou apportaient ? - un peu de rêve. Un dépaysement par procuration offert par l’image plus encore que par le texte. Elles égayent -égayaient ? - le dessus du buffet, la porte du réfrigérateur ou le poste de travail, au bureau.

Le texte d’une carte postale fait grand plaisir, mais c’est en premier le fait qu’on ait pensé à nous qui nous ravit. Nous ne sommes pas oubliés par nos enfants, nos parents et nos amis qui sont pourtant tout à la joie d’être « débranchés ». Délivrés du quotidien et de ses obligations y inclus vestimentaires.

Soleil, plage et apéro. Paysages magnifiques, randonnées stimulantes. Bain de minuit, chants et danses non-stop. Nouvelles rencontres de quelques jours et promesses de se revoir. On imagine à lire les mots vite griffonnés, les aventures des vacanciers dont on suit parfois ainsi de longs périples.

Les timbres qu’ils ont collés nous font rêver avec la belle image qu’ils portent, leur oblitération et sa flamme.

Et puis, on sait que ces expéditeurs en vadrouille vont revenir nous parler de leurs vacances. Peut-être même avec un petit souvenir. Un vide-poche, un set de table, un tee-shirt, une boîte de gâteaux ou une bouteille voire une autre spécialité « locale ». Peut-être y aura-t-il plus encore. Une soirée, présentation de trophées rapportés du voyage, découverte d’un album de photos, si ce n’est une projection de diapositives et de petites vidéos...

Même la carte de vœux régresse


Mais à vrai dire cette carte postale tend à se faire rare. La poste n’a plus la côte pour le courrier personnel et se maintient tant bien que mal pour le courrier professionnel. De dix-huit millions de plis « timbrés » qu’elle distribuait encore en 2000, on est tombé à 12,5 millions et la baisse se poursuit.

La poste doit distribuer le courrier au moins une fois par jour à chaque foyer – c’est une obligation relayée par l’Union européenne. Mais la recette des timbres ne couvre pas la dépense. Pourquoi ? Eh bien peu à peu depuis 2000, par le réseau téléphonique commuté et des modems tout d’abord, on est passé du Minitel à l’ordinateur familial et à la connexion à un serveur de boîte mails. En 2006, l’oiseau qui fait cui-cui prit son premier envol : aujourd’hui 500 millions de tweets sont échangés chaque jour, soit 200 milliards par an !

Même les cartes de vœux annuels sont en régression, en particulier au niveau professionnel. D’amusantes cartes animées et sonores sont disponibles souvent gratuitement sur le Net pour les envoyer à des relations de travail mais aussi amicales et même familiales…Pour les cartes postales de même. Des services privés vous offrent, moyennement paiement, un choix de cartes postales de France ou d’ailleurs à envoyer avec votre texte dans n’importe quel coin du monde, par la poste. Merci facteur.

Eh, le monde a changé ! Ne parlons ici que de ce qui semble le bon côté. Désormais nos explorateurs restent branchés dans les expéditions les plus lointaines, même autour de la Terre. Des touristes arpentent un sentier de grande randonnée breton les yeux rivés sur leur portable. Ils adressent un selfie à leur grand-père de leur périple en Inde ou du stage d’Akido dans un bled de campagne au Japon. Ils accumulent sur le Cloud des milliers de photos et se promènent en écoutant Chopin ou du Heavy Metal. Ah, une petite vidéo de la petite qui apprend à nager…C’est la carte postale d’aujourd’hui : ne la cherchez plus sur le buffet, elle est dans votre téléphone.

Marc Humbert
Professeur d’économie politique à l’université de Rennes 1.

En 2049, aurons-nous fondé l’Europe de Victor Hugo ?

Tribune publiée dans Ouest-France du mercredi 9 août 2017
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Une série de révolutions, en 1848, a fait basculer l'Europe, qui dominait encore la planète, en un ensemble de nations peu à peu démocratiques..

Jusqu'alors, le continent avait été le théâtre, depuis la chute de Rome, de conflits entre chefs d'État, empereurs, monarques, qui embarquaient leurs sujets dans toutes sortes d'aventures. Désormais, les peuples devenaient souverains et entendaient accorder les limites territoriales à une nationalité, à un système de lois démocratiques et non à la compétition entre les volontés de puissance des chefs.

Cette division de l'Europe en nations paraissait déjà dépassée à Victor Hugo. Il clamait dès 1849 : « Un jour viendra où vous France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne. ».

Où en serons-nous deux siècles après, en 2049 ? Aurons-nous accompli le vœu formulé par Hugo ? Un premier pas a été fait après 1945 : les grandes nations, celles citées par Hugo, ont cessé de se faire la guerre. D'autres avancées ont suivi. En mettant en commun le charbon et l'acier, ces clés de la reconstruction économique du moment. En assurant la fin des pénuries alimentaires avec la Politique agricole commune (Pac). Avec une vraie coopération entre les nations dont les peuples sentaient l'importance dans leur quotidien.

Services publics européens


Et puis tout cela s'est délité avec la mondialisation. Les agriculteurs sont mis en concurrence et sommés d'être compétitifs sur le marché mondial, sur une planète où les questions d'environnement sont devenues majeures. Le charbon et l'acier ont laissé le leadership aux nouvelles technologies. Mais nous n'avons mis en place ni Communauté européenne de l'Informatique et des Télécommunications. Ni Communauté européenne de la Transition écologique.

Il faut y venir, ne pas se fier aux lois de la compétition sur les marchés, ne pas abandonner la coopération constructive. Une monnaie et un marché uniques n'ont de sens que si la « fraternité européenne » est établie. Les libres marchés en sont incapables, la convergence exige que chaque nation se soucie de l'autre, sachant qu'elles ont des intérêts différents. Cela ne passe pas par la seule relation entre chefs d'État. Il faut une assemblée européenne des nations de l'UE. Où siégeront des représentants de chaque assemblée nationale pour l'Europe. Chaque Européen se sentira concerné si dans son pays, une assemblée nationale pour l'Europe discute des négociations à mener avec les autres nations, dans un respect des nations les unes à l'égard des autres. C'est un schéma proche de celui imaginé pour la zone euro par l'économiste Thomas Piketty.

Et il est nécessaire de construire ensemble notre avenir en commun. En particulier dans les réseaux de hautes technologies, dans la fourniture d'énergies renouvelables, qui écrivent le XXIe siècle. Comment faire ? Par exemple en mettant en place des services publics européens, dans ces domaines, financés par des impôts de tous les citoyens de l'UE, par des emprunts auprès des Européens.

De cette façon nous amorcerons la formation de citoyens nationaux, constructeurs d'Europe. Des constructeurs « d'européanité », outrepassant la nation sans la nier, et, par là même, initiateurs d'une véritable fraternité européenne.

Marc Humbert
Professeur d’économie politique à l’université de Rennes 1.


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