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NEW - Penser la situation politique après les élections de mai-juin 2017

TRIBUNE accueille ici mes points de vue convivialistes liés à l'actualité.
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Japon -sept ans après le 11 mars 2011.

Le 11 mars 2011, un formidable séisme a secoué le Japon. Il a provoqué sur toute la côte nord-est de l’île principale un tsunami gigantesque. La vague a atteint par endroit 40 mètres de haut, se riant de digues protectrices en béton armé, épaisses par endroit de plusieurs mètres et s’élevant à plus de 11 mètres. Prévenues un peu à l’avance de la vague, près de 20 000 personnes, confiantes ou n’ayant eu le temps de s’enfuir assez loin, assez haut, ont été happées par la vague. Des dizaines de milliers de personnes ont perdu leur habitation et ont été relogées dans des habitats précaires où plusieurs milliers vivent encore. Des centaines de milliers de famille ont perdu un conjoint, un enfant, un parent. Le traumatisme leur reste présent. Aujourd’hui le paysage a été modifié, des habitats, des routes ont disparu à jamais. La blessure reste là. Et ces familles commémorent leurs disparus chaque année. Ayons une pensée pour eux.

Ce désastre s’est prolongé. Une centrale nucléaire de Fukushima a été atteinte et ses trois réacteurs en fonctionnement ont été inondés, les systèmes de secours mis hors d’usage. Une suite d’explosions du 12 au 15 mars et la fusion des cœurs des trois réacteurs a déversé dans l’atmosphère un nuage radioactif qui s’est diffusé au gré du vent. La région, le Japon, le monde ont échappé au pire: il n’y a pas eu de réaction en chaîne.

Les conséquences qui n'en finissent pas


Mais la centrale reste radioactive au-delà de la normale et il faut encore refroidir ses réacteurs. L’eau injectée, contaminée de ce fait, échappe en partie à la récupération. Celle qui l’est s’entasse dans des milliers de cuves toujours plus nombreuses. La décontamination de superficies immenses pour essayer de rendre habitables (des conditions de radioactivité bien plus élevées que la normale) est un travail sans fin. Il accumule les montagnes de déchets radioactifs au moins jusque 2300, mis dans des millions de sacs en principe bien étanches. Mais on ne décontaminera pas les forêts. Et beaucoup des 200 000 personnes déplacées ne reviendront pas.

Le déni des souffrances et la reprise nucléaire


Le gouvernement minimise la mortalité due à la radioactivité et peine à reconnaître qu’elle est à l’origine des 150 cas de cancer de la thyroïde des jeunes – pourtant des dizaines de fois plus fréquents que la normale. Il ignore la surmortalité dans ces zones qui dépasse le nombre de victimes du tsunami selon Rémi Scoccimarro*. De Fukushima à Tokyo, chacun sait qu’il a été exposé à des doses anormales de radiation. Quand il détecte chez lui, ou chez un proche, tel ou tel symptôme, lui vient à l’esprit que c’est peut- être lié à cela. Le Gouvernement soutient – écrit Cécile Brice*- que c’est cette angoisse et non les supposées radiations qui rend malade. Néanmoins la souffrance est là.

Le Japon a recodifié les règles d’urbanisme et d’organisation de l’espace en bord de mer. Le département de Fukushima a en outre choisi de quitter le nucléaire pour les énergies renouvelables. Il veut couvrir ainsi 40% de sa consommation en 2020 et 100% en 2040. Ce n’est pas le choix du gouvernement japonais. Il relance ses réacteurs, cinq sont à nouveau en fonctionnement (sur 51 en 2011). A l’encontre du sentiment majoritaire au Japon et de celui d’anciens premiers ministres de sensibilité différentes comme Yasuhiro Nakasone, Junichiro Koïzumi ou Naoto Kan. Ils soulignent que c'est le seul moyen d’atteindre le risque zéro : arrêter toutes les centrales.

Manifestement "l'efficacité" espérée prime sur "l'humanité". Au Japon, comme en France. L'Allemagne suite à Fukushima a fait un autre choix. Faut-il attendre la prochaine catastrophe pour que "l'humanité" soit préférée au rêve d'efficacité?

Marc Humbert
Professeur, ex-directeur (2008-2011) à la Maison Franco Japonaise de Tokyo

*Actuellement chercheurs au centre de recherche de la Maison franco japonaise de Tokyo.


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Davos, encensé ou décrié!

Tribune publiée en ligne dans le journal La Croix, le jeudi 25 janvier 2018
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Davos, encensé ou décrié, semble n’être qu’un forum où se rencontrent depuis 1971 ceux qui, par leurs actions et leurs interactions, assurent la gouvernance du Monde, en fonction de leurs valeurs, de leurs intérêts et des contraintes rencontrées. La forme de mondialisation que Davos impulsait a semblé devenir de plus en plus dangereuse pour des intellectuels et des militants qui se sont dits anti puis « altermondialistes ». Ils ont tenté de trouver les moyens de contrecarrer cette évolution en réunissant un Forum social mondial au Brésil, fin janvier 2001, en même temps et en opposition au Forum de Davos.

À l’époque, Davos réunissait déjà, non seulement un millier de dirigeants de grandes entreprises, mais aussi, des chefs d’Etat en particulier du « Tiers-Monde » par exemple du Mozambique, de la Tanzanie, du Nigeria, de la Colombie ou du Sénégal. Et aussi des représentants de la « société civile » avec des responsables, par exemple de Greenpeace, d’Amnesty International ou du Fonds mondial pour la nature (WWF) et de fédérations syndicales internationales. En 2003, à peine élu président du Brésil, Lula, vient s’exprimer à Davos dont il avait dit, là « ils discutent de la manière de créer plus de richesses, nous, au Forum social, de la manière de mieux les distribuer". Certes il y a martelé qu’on « « ne peut pas continuer emprisonné dans une logique économique où des peuples peuvent manger cinq fois par jour et d’autres une fois tous les cinq jours ».

Le changement majeur depuis 2001, n’est pas économique mais politique


Les tentatives altermondialistes, bien que poursuivies, n’ont pas abouti : les richesses ne sont pas mieux distribuées aujourd’hui, comme en témoigne le dernier rapport d’Oxfam. L’inanité des Forum sociaux a laissé surgir en 2011, se référant aux « indignés » de Stéphane Hessel, des mouvements éphémères d’occupation des places, à Wall Street et dans 80 pays, qui proclamaient être les 99 % des citoyens du monde. En France on a vu une nouvelle éruption passagère avec Nuit debout en 2016. Joseph Stiglitz (Nobel d’économie en 2001) qui a participé à de nombreux forums de Davos mais aussi à des éditions du Forum social mondial comme à Bombay en 2004, ne cesse pas d’essayer, avec quelques autres, de promouvoir des mesures pour remédier à la montée des inégalés aux États-Unis et dans le monde. Mais il a dû constater (en 2011) « les 1 % les plus riches font fonctionner l’économie, la planète, pour leurs intérêts ».

Le changement, c’est la montée de l’implication politique des grandes entreprises


Jusqu’alors, elles en restaient au Lobbying, se faisant concurrence sur les marchés et soumises aux lois des États. Désormais elles préfèrent les tribunaux d’arbitrage aux législations publiques, le Conseil économique Transatlantique, club des plus grandes entreprises des États-Unis et de l’Union Européenne se dit « entité politique » pour surveiller, faire avancer et accélérer l’intégration des économies d’Amérique et d’Europe. Le Danemark s’est doté d’un « ambassadeur digital » auprès des GAFA (Google, Amazon, Facebook et Apple) car « Dans le futur, nos relations bilatérales avec Google seront aussi importantes que celles que nous entretenons avec la Grèce. […] Ces sociétés sont devenues des sortes de nouvelles nations, et nous devons y faire face ». Les chefs de gouvernement représentent leurs peuples et se reconnaissent mutuellement leurs souverainetés. Qu’en est-il des assises démocratiques de ces nouvelles « entités politiques » ? Davos consacre leur co-gouvernance du monde, c’est un changement majeur vis-à-vis de la conception libérale de la politique et de l’organisation démocratique du fonctionnement des sociétés humaines.

Marc Humbert
Convivialiste, professeur émérite à l’université de Rennes


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Une France forte dans un monde fraternel

Tribune publiée dans Ouest-France du jeudi 18 janvier 2018
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Formulons des vœux pour que notre pays, devienne une France davantage capable d’interagir avec les autres nations, pour que les Français, deviennent des Français davantage capables d’interagir entre eux, avec les Européens, et avec les migrants…

Et pour poursuivre, avec tous, la constitution d’un monde plus fraternel. C’est une manière de considérer la France forte. La France forte, dans l’esprit des mots présidentiels, c’est celle qui s’affirme par rapport à l’Allemagne en Europe, celle européenne qui s’affirme par rapport aux Etats-Unis, à la Chine. Une France dans une compétition internationale où l’intelligence y est conçue comme une arme stratégique.

Depuis 2000, selon un objectif réaffirmé à Lisbonne en 2010, l’Europe veut devenir « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde ». Pour cela, elle vise à dépenser 3% de son PIB en recherche et développement (R&D), mais en reste encore à 2% comme la France.

Une récente étude du BCG (Boston Consulting Group) confirme que, dans dix ans, plus de 25% des tâches industrielles seront exécutées par des robots. L’Allemagne ou le Japon ont déjà trois fois plus de robots par employé que nous.

Le progrès scientifique amène l’intelligence artificielle qui va assurer la maîtrise du monde (selon le président russe Wladimir Poutine) tant économique que militaire, et qui fera la hiérarchie des nations (d’après Elon Musk, PDG de Tesla).
Education de l'intelligence humaine


Alors pour que le souhait d’une France forte soit exaucé, il faut non seulement élever le niveau de dépenses de R&D mais renforcer la capacité à mener ces recherches pour le progrès scientifique. En mettant le plus de ressources possibles pour l’éducation de l’intelligence humaine, du jardin d’enfants, à l’université où il faut bien accueillir les étudiants, en grand nombre. Foin des vœux pieux, que les décideurs qui font, prennent des décisions conséquentes !

Qui ne souscrirait aux vœux du Président Macron d’une France forte et juste ? Plus d’intelligence et plus de fraternité. Une intelligence qui soit compréhension mutuelle. Non pas compétition pour être le plus fort, mais pour faire avancer la France, l’Europe, le Monde, vers plus de fraternité. Pour ne pas en rester à des souhaits, l’exigence de fraternité est celle de décisions fortes permettant de réduire les inégalités inacceptables. Comment peut-on avoir de telles réussites, être la cinquième puissance économique du monde et avoir tant de personnes à vivre dans la rue ? Tant de personnes sans emploi ?

Ne voit-on pas que la persistance et même l’aggravation des inégalités internationales nourrissent et le terrorisme et les migrations économiques ? Les migrations climatiques ont-elles aussi commencé. On ne pourra arrêter les migrants, il faut les accueillir humainement. Et prendre enfin les mesures nécessaires pour aider véritablement ces pays à organiser des conditions matérielles de vie dignes pour leurs ressortissants.

Il faut réguler les échanges internationaux et proposer à l’Afrique autre chose que des accords de partenariat économique libre-échangistes. C’est à dire par exemple, éviter la destruction complète des agricultures locales qu’a commencé l’exportation chez eux de poulets surgelés ou de concentrés de tomates. L’OMC doit laisser place à une organisation de la répartition mondiale des productions pour donner à chaque pays sa place dans la construction du monde.

Formulons des vœux pour qu’une France forte et juste se déploie dans un monde plus fraternel.

Marc Humbert
Professeur émérite à l’université de Rennes 1.


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