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TRIBUNE accueille mes points de vue convivialistes liés à l'actualité.
ARCHIVES 2020

Il n’y a pas d’autre richesse que la vie. -- (27 mars)
La société branchée et ses périls -- (18 février)


Il n’y a pas d’autre richesse que la vie.

Texte publié par Ouest-Francesur altersociétal le 27 mars 2020, version pdf téléchargeable

La société française, le monde... Nous sommes tous confrontés, comme souvent depuis l'origine de l'humanité, à une épidémie qui met en danger la vie sur la planète. Les progrès de la médecine nous aident à comprendre, à lutter, mais il n'est pas d'autre remède pour le moment que d'essayer de résister par le confinement et la solidarité. Saurons-nous tirer de ce drame collectif des réflexions propices à la construction d'un avenir meilleur pour tous?

Dans les circonstances actuelles, il y a presqu’unanimité pour approuver cette expression de John Ruskin, l’inspirateur de Gandhi, «il n’y a pas d'autre richesse que la vie ». Il nous faut semble-t-il ces moments où la vie est menacée, pour nous rendre compte combien c’est la seule chose que nous ayons en partage et combien nous souhaitons pouvoir apprécier et prolonger ces moments de convivialité.

Notre président l’a proclamé en effet, la santé, la vie n’a pas de prix et on ne saurait soumettre les services de santé, disons ce qui sert la vie, aux mécanismes du marché. Ainsi, le nouveau management public n’a pas sa place à l’hôpital et il va falloir réviser cela. Les règles budgétaires sacro-saintes, et l’ensemble de nos règles doivent être au service de nos vies et non pas les asservir. Quoiqu’il en coûte, cela a été promis.

Au-delà de ces circonstances conjoncturelles de quelques mois, continuerons-nous par la suite à privilégier la vie sur les intérêts économiques et la croissance inégale ? C’est-à-dire éloignerons nous la menace structurelle triple qui nous emmène à la catastrophe à moyen et long terme ?

Une leçon pour demain ?


Qui commande la production ? L’économie réelle est passée sous le contrôle de la finance qui exige pour s’investir des taux de rendement de 15% ou sinon se place sur des marchés financiers légaux ou/et paradisiaques. Remettrons-nous l’économie en ordre de marche pour répondre à nos réels besoins ? Les taux de rendements attendus ne peuvent être supérieurs au taux de croissance de l’économie mondiale. Une production guidée par la finance n’est pas guidée par la vie.

Qu’allons-nous produire ? Lorsque sont arrêtées toutes les activités non indispensables à la vie, on s’aperçoit que bon nombre d’activités sont des activités pour elles-mêmes. Bruno Lemaire nous a affirmé que nous n’avions pas besoin de dizaines de choix de type de pâtes alimentaires pour pouvoir nous nourrir. On pourrait de même considérer que pour faire du sport on peut avoir un peu plus de choix que dans le passé entre tennis, baskets, crampons, mais que les innovations perpétuelles des grandes marques et les dizaines de mètres de type de running, etc. n’apportent guère à notre vie. Elles correspondent à des pseudo-innovations et des incitations à changer d’équipement alors que dans le monde des centaines de millions de personnes marchent pieds nus ou sont très mal chaussées. Des besoins créés plus que révélés ou guidés par la publicité ne sont pas des besoins correspondant à ceux de notre vie commune.

Des échanges internationaux de coopération, pas de concurrence


Et puis comment allons-nous produire ? Les circonstances présentes montrent toute l’importance de produire en priorité localement pour les besoins locaux – en particulier tout ce qui est indispensable à la vie et à la santé - et la nécessité d’organiser des échanges internationaux de coopération et non pas de concurrence. Une coopération qui doit aider vraiment les pays qui peinent à assurer la vie de leur population. Et, au-delà, de penser à produire dans des quantités raisonnables, pour les raisons évoquées précédemment et plus encore pour maintenir notre planète habitable, vivable. Il est plus que grand temps de prendre des mesures fortes pour ralentir notre impact sur le réchauffement climatique, pour diminuer la pollution qui nuit à notre santé, pour éviter d’épuiser les ressources de la planète. Et de programmer l'élimination des processus de production dont l’interruption accidentelle ou malveillante ferait des milliers de morts ou plus. C’est-à-dire protéger au mieux les installations dangereuses, supprimer celles dont on ne peut réellement se protéger comme les installations nucléaires.

Marc Humbert, Vice-président de l'association des convivialistes, professeur émérite à l’université de Rennes.


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La société branchée et ses périls

Posté sur altersociétal le 18 février 2020

La société branchée apporte la transparence et on entend la réponse de certains à ceux qui s’en inquiètent : celui qui n’a rien à se reprocher ne craint pas la transparence. Ce n’est pas si simple, doit-on à tout moment et en tout lieu se retrouver comme sur la place publique ? Si l’anonymat permet de cacher nos turpitudes ou d’injurier sans risque de représailles, cet anonymat n’est que factice, la société branchée nous retrouve et nous met en pâture tel que nous sommes, nus, sur la place publique et manipulables, par des maîtres chanteurs, par des chercheurs de profits ou par un Etat totalitaire. La société branchée est au péril des excès de sa démesure et nous prépare un monde tout aussi invivable que les excès productivistes qui menacent de rendre la terre inhabitable.

Nous sommes arrivés à un point d’évolution du numérique où il est temps que l’éthique et le politique viennent aux commandes de sa régulation. Ce n’est pas que je sois un résistant irréductible face au numérique, au contraire j’en ai été un accompagnateur engagé.

J’ai utilisé professionnellement l’informatique dès 1966, puis accompagné l’apparition d’internet en 1983. J’ai loué l’opportunité de l’informatique individuelle avant même l’arrivée du PC d’IBM en 1981, et créé le concept de domotique en 1982. J’ai introduit la bureautique dans ma faculté d’économie, et dix ans plus tard on y mettra des PC en réseau dans l’enseignement. Lors du passage au 3ème millénaire, j’ai organisé la confection du site internet de l’université de Rennes 1 alors que j’étais parmi les premiers utilisateurs d’un téléphone portable. J’ai sorti en 1997 un ouvrage sur l’évolution passée en annonçant cette société branchée. J’en voyais surtout les bénéfices, incontestables, au-delà de certains éléments « gadgets ».

J’avais minimisé la dimension sociologique, la survenue de la totale transparence individuelle et de la facilitation de la surveillance sociale privée ou étatique.

Transparence et surveillance


La transparence individuelle, c’est la disparition de l’anonymat et de la sphère privée. La vie individuelle est mise à nu sur un espace quasi-public pour des « hackers », pour des firmes, entre autres du numérique, pour l’Etat ou d’autres organisations. C’est le prix de l’accès à ces facilités d’échanger -communiquer- des messages audio, des images, des vidéos, des écrits, avec tout un chacun, le prix pour bénéficier de tout ce qui a été dit, vu, fait depuis toujours. Il faut s’identifier sur les plates-formes d’interface dont les algorithmes – « de l’intelligence artificielle » sélectionnent pour nous, en raison de notre profil, quelques propositions – parmi des millions et gardent en mémoire notre localisation, nos choix, nos échanges et nos réactions. L’internet des objets à venir, mais déjà les compteurs linky, les téléviseurs à caméra chez nous, les gps de nos smartphones -utilisés jusque dans nos sphères les plus intimes-, les caméras « de surveillance » bientôt partout, et les systèmes de reconnaissance faciale presque sûrs, permettent de savoir à tout moment où nous sommes et ce que nous faisons.

Pour Shoshana Zuboff c’est l’ère du capitalisme de surveillance exercée par des firmes qui en tirent d’énormes profits. David Stilwell, avec une étude sur 2 millions de volontaires, a montré qu’un algorithme pouvait prévoir nos choix en observant des « likes » déjà faits, la prédiction est aussi bonne que celle d’un conjoint à partir de 226 « likes ». Nous sommes nus et bien sûr manipulables. Lorsqu’un Etat s’en empare cela fait penser à l’état totalitaire mis en scène dans 1984 par George Orwell. Certains comme Alain Frachon se demandent si ce n’est pas cela qui est en cours d’installation en Chine.

Nous reconnaissons aujourd’hui que les techniques productivistes, faute de trouver un accord politique d’autolimitation et de le respecter, nous entraînent vers un monde terrestre inhabitable pour les générations futures. La démesure des technologies du numérique – loin d’être « vertes » - nous entraînent vers des sociétés de surveillance généralisée, capitaliste ou étatique où le privé a disparu. Il est urgent que dans ce domaine aussi, l’éthique et le politique reprennent la main sur le technique et l’économique, pour construire un futur qui reste convivial.

Marc Humbert, Professeur émérite à l’université de Rennes 1, convivialiste.



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