
Convivialism in English
TRIBUNE accueille ici mes points de vue convivialistes liés à l'actualité.
archives 2025 --archives 2024 --archives 2023 --archives 2022
archives 2021 --archives 2020 --archives 2019 --archives 2018 --
archives 2017--archives 2016--archives 2015--archives 2014
Cela fait des décennies que nous avons une réelle difficulté à nous montrer enjoués au moment de nous fêter mutuellement une bonne année. Nous ne pouvons en effet ignorer la logique à l’œuvre qui dégrade la situation de notre humanité. Il nous faut cependant poursuivre sa dénonciation critique et énoncer les propositions permettant de lui substituer, finalement, une logique convivialiste. Persévérons et Espérons !
Persévérons et Espérons !
Télécharger le post d'altersocietalLe compromis planétaire imposé par les vainqueurs de la dernière guerre mondiale n’a pas longtemps tenu ses promesses de paix et de prospérité pour toutes et pour tous. Plus du tiers de la population mondiale vit aujourd’hui encore sans pouvoir accéder à une alimentation suffisante pour être en bonne santé, vingt mille personnes meurent chaque année des conséquences de leur sous-nutrition. L’essor du commerce international n’a pas effacé les tensions entre les Etats-Nations et les conflits, certes localisés, ont fait plus de 3,5 millions de victimes.
Le monde économique, peu régulé par le Droit, est piloté par des firmes géantes. Ce furent d’abord principalement des firmes Nord-Américaines, puis des firmes Européennes, rejointes par des Japonaises, toutes désormais concurrencées par des firmes Coréennes, Chinoises, Indiennes, Latino-Américaines… Elles imposent avec le soutien de leurs Etats respectifs les directions d’évolution technologiques et économiques qui les rendent prospères et que le monde entier se doit de suivre. Et qui est appelé « développement ».
Partout, les masses laborieuses sont entraînées au moyen d’un déluge de publicité vers la consommation des produits proposés par ces firmes. Les masses qui peuvent y accéder n’en tirent aucune satiété alors que monte un sentiment d’injustice. En raison de l’inégalité dans la répartition qui profite aux Etats-Nations les plus riches tandis qu’au sein de chacun d’eux les élites économiques et politiques bénéficient d’un enrichissement insensé et s’adonnent à des consommations ostentatoires sans le ruissellement prétendu vers les plus démunis.
Pour maintenir ces inégalités, la poursuite de la promesse d’après-guerre, de démocratie et de liberté entre les Nations et au sein des Nations, s’est transformée en montée de l’ordre imposé par les plus forts : celui des oligarchies au pouvoir. Les détenteurs de l’arme nucléaire, interdite aux Nations ordinaires, et en tête la première puissance militaire et économique de la planète, tiennent à régenter le monde selon leurs lois. Au sein des Etats-Nations, les régimes dits illibéraux, laïcs ou religieux, tendent à se généraliser, en promettant aux masses pour qu’elles les approuvent, si ce n’est la prospérité, leur protection et leur sécurité.
Mais cela ne permet pas de faire face à ce que le « développement » poursuivi depuis des décennies bute sur l’épuisement des ressources de la planète et sur les dégradations qui lui ont été portées et leurs conséquences. L’habitabilité de la terre est en péril et c’est parmi la masse laborieuse, pas seulement dans les Etats-Nations les plus pauvres, que vont se compter les millions de victimes à venir. Ces régimes n’éliminent pas bien au contraire, les inégalités de droit entre les personnes, les discriminations subies depuis les origines de l’humanité par les femmes et les étrangers que la déclaration universelle des droits de l’homme avait condamnées. Des discriminations multiples se sont diversifiées et accrues et les régimes illibéraux les entérinent.
Pour Illich, la logique à l’œuvre s’abrite derrière l’étendard chatoyant et stimulant, dénommé « développement ». Mais cet étendard recouvre une réalité brutale, celle des désirs de possession et de puissance ainsi que leur libre expression justifiée au nom de l’idéal démocratique. Ce sont ces désirs qui ont été libérés pour entraîner le monde dans une accélération sans précédent, progrès technique et croissance incontrôlés. L’humanité est emmenée dans un ouragan sans limite qui la conduit à sa perte. Nous avons compris l’avertissement d’Illich (1973, La convivialité, Paris, Le Seuil) : il nous faut revenir à un rythme de changement adapté à ce qu’il nous est humainement possible et cela suppose en premier un accord politique d’auto-limitation.
Persévérons dans notre effort de diffusion de nos « principes convivialistes ». En premier du méta-principe de modération de l’hubris qui implique d’aller vers cet accord d’autolimitation. Ensuite et en même temps diffusons les principes qui permettent de régénérer notre humanisme en définissant ce qu’est un fonctionnement pleinement humain : les principes de commune naturalité, de commune humanité, de commune socialité, de légitime individuation et d’opposition créatrice. Permettant une vie dans l’interdépendance générale au sein de l’univers.
Tâchons également d’avancer sur la conception des modes de fonctionnement de nos activités – économiques en particulier- et de leur organisation par le politique, afin de pouvoir, quand la folie en cours aura été arrêtée d’une manière ou d’une autre, mettre en œuvre l’accomplissement d’une humanité régénérée. Persévérons et cultivons l’espérance !
Marc Humbert, professeur émérite d’économie politique, Université de Rennes
Président de l’association Les convivialistes.
Retour haut de page