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Convivialism in English



TRIBUNE accueille ici mes points de vue convivialistes liés à l'actualité.
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L'ampleur du changement climatique ne fait plus de doute,
il faut désormais agir!

Est-ce la fin de l’automobile individuelle ?

Publié dans Ouest-France, le 7 juillet 2022 télécharger le post altersocietal ou regarder le facsimile de OF papier ou aller regarder la version Ouest-France internet


L’ampleur du changement climatique ne fait plus de doute. Aujourd’hui tous répètent le propos de Jacques Chirac en 2002 : « la maison brûle et nous regardons ailleurs ». Nos actions n’avaient pas été à la hauteur de l’alerte donnée, en 1972, par le rapport du club de Rome. Mais, bien que Jacques Chirac ait solennellement admonesté le monde entier, et en dépit du nombre des réunions tenues depuis, les actions sont restées en deçà du nécessaire. Nous avons tergiversé, et le feu est devenu plus brûlant, les incendies plus ravageurs. Nous avons déjà subi des évènements terribles et des catastrophes nous sont promises.

Comment changer le cours dramatique de l’évolution ?


On n’éteindra pas le feu de la maison avec la goutte d’eau du colibri du regretté Pierre Rabhi. Nos petites bonnes actions, le tri sélectif, le non usage de sacs plastiques, ou nos petites actions collectives, installer des panneaux solaires ou des éoliennes, ou encore nos projets voulus grandioses, comme arrêter la production de véhicules à moteur thermique en 2035, ne suffiront pas à inverser les tendances. Pour 2035, le rapport du GIEC n’est pas un scénario mais une prévision liée à l’inanité des mesures prises ces cinquante dernières années. Alors, au lieu de lutter, nous essayons de nous protéger contre les canicules en mettant de la verdure en ville. Mais que faire pour supporter la montée des eaux, les tornades de grêle, les inondations, la disparition des abeilles ? Comment changer le cours dramatique de l’évolution vers l’inhabitabilité de la planète ?.

Il faut tourner la page des aspects excessifs de notre civilisation matérialiste. Des excès, bien agréables, mais dont on peut se passer sans nuire à notre bien-être matériel et à la joie de vivre. Alors que les maintenir –même « verdis » - c’est courir vers la survenue prochaine d’une terrible catastrophe. Ce sera un sauve-qui-peut, des éliminations contraintes non organisées de manière civilisée, la prise de pouvoir de dictatures nous plongeant dans la barbarie.

En finir avec l’automobile individuelle


Faire le nécessaire, c’est planifier la lutte pour sauver l’habitabilité de notre planète. Parmi les sources d’émission de CO2, les activités de transport, avec le quart des émissions est une cible désignée. Alors suffit-il de décider, comme le parlement européen vient de le faire, de supprimer les moteurs thermiques ? Mais la première source des émissions, c’est la production d’énergie : 40% du total. Remplacer la voiture à essence par la voiture électrique oblige à produire plus d’énergie électrique et met à la casse des véhicules pour produire de nouvelles voitures équipées de batteries épuisant les ressources en métaux rares. Et continuer d’encombrer les autoroutes et les espaces avec des véhicules à l’arrêt 80% du temps en moyenne.

Non, il faut, par exemple, en finir avec l’automobile individuelle. Tout projet radical exige des études approfondies pour en envisager toutes les implications et les conditions de succès. Je peux au plus énoncer quelques évidences. Ce sera plus difficile pour le citoyen en zone d’habitat peu dense ou dispersé. Il faut envisager non seulement les moyens de transports – tels que pools de voitures individuelles en partage, densification des transports en commun, faciliter des transports alternatifs, vélo, cheval ? - mais aussi la délocalisation de nombreux services et infrastructures à proximité des habitats. Et encore planifier la restructuration des activités de production liées et ses conséquences. Pour sûr que ce n’est pas simple, aussi est-il grand temps de mener les études nécessaires, de proposer des scénarios. C’est ça de la planification que l’on préférerait concertée. Comme au temps du général de Gaulle pour moderniser la France.

Marc Humbert, convivialiste, professeur émérite d’économie politique (Université de Rennes, Liris)


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Il faut revoir la manière de traiter la question sociale, et la remettre au coeur du fonctionnement même de l'économie restructurée

Le social n’est pas soluble dans l’écologie

Publié dans Ouest-France, le 24 février 2022 télécharger le post altersocietal ou regarder le facsimile de OF papier


La question politique centrale, celle de l’organisation de la vie ensemble dans une société, est d’en assurer la prospérité et la sécurité. Le cœur de la question sociale concerne la manière dont la prospérité est répartie entre l’ensemble des citoyens. A de nombreux moments de l’histoire ici et là, la politique s’est efforcée d’agir sur cette répartition souvent parce que l’excès d’inégalité mettait en péril la sécurité.

Entre la crise de 1929 et les années 1980 les inégalités ont été réduites, moins par des modifications dans le mode de fonctionnement général de l’économie que par la correction extérieure de ses effets inégalitaires, via l’impôt et la redistribution organisés par l’État. Cela a conduit les économies riches à dépenser 20% de leur PIB en dépenses sociales (moyenne des pays de l’OCDE) et à prendre en charge directement nombre de dépenses, souvent au-delà de l’administration et de la sécurité. En 2019, les dépenses publiques totales représentaient 40% environ du PIB aux États-Unis, 45% en Allemagne, 55% en France. Les déficits et les dettes enflent.

En dépit de l’élévation des dépenses, la montée des inégalités a repris depuis les années 1980. Les très hauts revenus s’envolent, la pauvreté ne régresse plus et les classes moyennes voient leur niveau de vie relatif se dégrader. Entre les pays, hormis quelques-uns qui ont su s’immiscer dans la compétition mondiale des nations et des firmes, comme le Japon dans le passé, la Chine aujourd’hui, les inégalités demeurent. La situation en Amérique Latine s’est à peine maintenue, celle de l’Afrique et de l’Asie du Sud reste précaire : selon la FAO 40% de la population mondiale n’a pas accès à une alimentation suffisante. Bref la question sociale n’est pas réglée et la question écologique qui surgit n’en amène pas la solution avec elle.

L’urgence écologique est indéniable même s’il reste des climato-sceptiques et quelques optimistes. Ceux qui pointent des restaurations réussies, comme la lutte contre le trou dans la couche d’ozone ou les eaux redevenues propres de telle ou telle rivière. Ces bonnes nouvelles ne peuvent cacher la tendance générale à l’épuisement et à la dégradation de notre Terre. L’effondrement n’est pas certain, mais les catastrophes dites naturelles se multiplient déjà et le réchauffement va se poursuivre entraînant toujours plus de drames.


Réduire l’excès de la production matérielle


Toute affaire cessante, devons-nous donc, si nous sommes réalistes et conséquents, nous mobiliser pour mettre enfin un terme au processus de dégradation ? Sachant que la cause immédiate et première de cette dégradation est l’excès de production matérielle. Excès de biens manufacturés pour notre consommation, excès d’emploi de matières et d’énergie pour leur production, excès des rejets induits dans l’environnement. Y mettre fin signifie une décroissance de la production. Le terme écorche l’entendement du plus grand nombre mais il faut dire la vérité.

Réduire l’excès de la production matérielle, d’une manière ou d’une autre, cela signifie arrêter la course à la croissance sans fin. Cela ne veut pas dire réduire la quantité et la diversité des biens consommés, mais stopper leur obsolescence accélérée. Dit autrement c’est garantir à tous les objets manufacturés une durée de vie longue, par exemple vingt-cinq ans pour une automobile ou tout produit électroménager.

Dans ces conditions que devient la question sociale ? Malgré les espoirs d’emplois « verts », la décroissance va réduire le travail et, par la suite, exiger plus de redistribution pour éviter la montée des inégalités. Mais avec la réduction de la production disparaissent des possibilités de redistribution. Il faut donc revoir la manière de traiter la question sociale et la remettre au cœur du fonctionnement même de l’économie restructurée. Le social n’est pas soluble dans l’écologie. Mieux ou pire, sans réinsertion de l’économie dans le social, pas de réelle avancée possible sur le front de l’écologie.


Marc Humbert, convivialiste, professeur émérite d’économie politique (Université de Rennes, Liris)


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Engageons le pari de la convivialité

Publié dans Ouest-France, le 20 janvier 2022 télécharger le post altersocietal ou regarder le facsimile de OF papier ou aller regarder la version Ouest-France internet


Engageons à fond, en 2022, le pari de la convivialité, qu’elle soit plus contagieuse que tout et qu’elle nous aide à rendre ce monde tout simplement vivable pour toutes et pour tous, à l’écoute les uns des autres, aux petits soins de chacun et de la nature !

Comment s’y mettre ? Qu’est que c’est donc que la convivialité ? Le mot est plutôt à la mode en tout cas : si je tape convivialité sur un certain moteur de recherche, celui-ci me propose 62 millions de résultats ; si je tape fraternité, il m’en propose 49 millions ; si je tape socialisme, le nombre de résultats descend à 10 millions. Tout ceci n’est pas un sondage, ce n’est à mon sens qu’une indication générale sur la hiérarchie des préoccupations des personnes – de langue française- qui viennent sur internet.

Je me dis que par rapport au XXe siècle, un moins grand nombre de nos congénères sont attachés à une idéologie, telle que le socialisme. Ils restent proches d’idées de comportements recommandés – idées héritées de la religion – comme la fraternité, mais ils ont une préférence pour des pratiques libres, de sociabilité concrète, c’est ce que représente la convivialité.


La convivialité, c’est l’empathie


La convivialité, c’est d’abord l’empathie. L’empathie c’est notre aptitude à nous mettre à la place de l’autre, sans s’y obliger par référence à quelque chose, mais simplement, de manière spontanée. Si nous croisons quelqu’un d’inconnu sur un chemin – pas dans la foule (et encore) – que nous lui sourions, le saluons, cette personne nous rend notre sourire, notre salut. Mencius (penseur chinois du IVe siècle avant Jésus-Christ) disait, « toute personne qui voit qu’un enfant sur le bord d’un puits risque d’y tomber – de s’y noyer, s’efforce de faire un geste pour l’éviter ».

L’empathie est au cœur de notre humanité. Montaigne avait fait graver dans son bureau la maxime latine de Térence : « rien d’humain ne m’est étranger ». Dit autrement, pratiquer la convivialité, c’est ne croiser que des semblables, s’en sentir proche et se comporter avec eux en toute humanité, avec bienveillance. Bienveillance également à l’égard du monde animal et de la nature.


Convivialité et entraide


La convivialité c’est aussi l’entraide. Tout comme l’empathie, c’est une composante fondamentale de notre nature humaine. Il y a bien longtemps, en 1902, Kropotkine a souligné que la loi de la nature n’est pas celle d’un homme qui est un loup pour l’homme et que l’évolution de notre lignée a reposé sur l’entraide plus que sur la sélection du plus fort. Récemment la paléoanthropologie (voir par exemple Jean-Jacques Hublin) a confirmé que l’essor de l’humanité a tenu à son aptitude à gérer les coopérations de groupes plus nombreux. Bref, la convivialité c’est une sociabilité bien comprise qui mène à pratiquer la solidarité.

La convivialité c’est encore l’autonomie dans l’interdépendance. C’est-à-dire la soif d’autonomie, toute naturelle et commune bien au-delà des humains, de ne pas être entravé dans l’exercice de son pouvoir d’agir (repéré comme tel par Spinoza au XVIIe siècle). Mais en même temps reconnaître que nous avons besoin les uns des autres et de la nature ; que si nous refusons toute entrave ou domination qui serait exercée sur nous par un autre, toute dépendance, nous savons qu’il nous est impossible de nous en sortir seul, en toute indépendance.

Aussi n’en déplaise à toute vision binaire, nous souscrivons naturellement, certes de façon implicite, en pratiquant la convivialité, à une déclaration d’interdépendance (voir par exemple, Overstreet, 1937) qui amène chacun à rester mesuré.


Assurons la vivabilité du monde


La convivialité c’est enfin la délibération pour accorder nos violons et jouer ensemble la partition de notre vie commune. L’apparente harmonie d’une société (que vénère Confucius au VIe siècle avant JC) résulte certes pour partie de l’application de règles et de rites, de comportements appris, mais surtout de la délibération (Rousseau XVIIIe siècle). Nous voulons dire notre mot, échanger pour nous coordonner, et malgré différences et divergences, construire un monde commun. Usant de la parole, du langage des gestes et des symboles, toute cette complexité constitutive de l’humanité de notre espèce. Parions sur cette convivialité en 2022 et assurons la vivabilité du monde..


Marc Humbert, convivialiste, professeur émérite d’économie politique (Université de Rennes, Liris)


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