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TRIBUNE accueille ici mes points de vue convivialistes liés à l'actualité.
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Comment passer du libre-échange destructeur au commerce équitable solidaire?
Le premier « prix Nobel français d’économie » (1988), Maurice Allais, soulignait la nécessité d’une régulation forte des marchés internationaux en particulier parce qu’ils relient des pays à niveaux de vie et de développement différents.
Cette mise en garde scientifique venait d’un partisan de la libre entreprise et de la libre concurrence - hostile à la mondialisation destructrice des multinationales.
Il était certes tout autant hostile à toute idée d’un régime de planification centralisée.

L’actuel entêtement des politiques, sous la pression des groupes multinationaux, produit au sein de la mondialisation, un commerce inéquitable.
Les populations en souffrent en particulier en tant que « salariés » moins payés mal employés, en tant que « PME » de l’industrie et des services ou exploitants agricoles qui subissent une concurrence déloyale.
Certes les populations qui peuvent consommer oublient leurs désavantages devant l’abondance et la variété de biens offerts (pour beaucoup nécessaires) relativement « bon marché », par rapport aux productions locales ou nationales rares et chères…


Du libre-échange au commerce équitable

Lire le fac-simile de l'article publié dans Ouest-France daté du 11-12 mai 2024 ou télécharger le post d'altersocietal ou encore lire l'article sur la version internet de Ouest-France


A l’intérieur des frontières nationales, la solidarité s’exerce pour corriger les injustices sociales telle que l’inégalité excessive dans l’accès aux biens et services. Cette inégalité résulte de la formation primaire des prix et des revenus sur le marché, dit « libre et concurrentiel », mais en général dominé par des acteurs qui déterminent la formation des prix.

Ce sont soit les producteurs premiers (c’est rare en agriculture) soit des acteurs le long de la chaîne de transformation (l’agro-industrie) jusqu’au plus proche du consommateur, c’est le cas de la grande distribution.

Jusqu’aux années 1980, nous nous étions gardés des excès du libéralisme. On savait que la forte croissance occidentale des années 1945 à 1975 avait été permise par un environnement de contrôle des mouvements de capitaux et des taux de change, de protectionnisme dans l’agriculture, le textile et les services, de contingentements dans l’automobile, l’acier et l’électronique…

Thatcher et Reagan l’ayant relayée par Reagan nous ont basculés dans la mondialisation néolibérale. La Pac (politique agricole commune) a volé en éclats, on a libéralisé les mouvements de capitaux, mondialisé les industries et les services -permettant entre autres la domination des Gafam, l’Uberisation, etc.

La mise en garde du premier prix Nobel d’économie français (1988), Maurice Allais, qui soulignait la nécessité d’une régulation forte des marchés internationaux entre pays à niveaux de vie et de développement différents, n’a pas été écoutée. Elle venait pourtant d’un partisan de la libre entreprise – mais pas des géants multinationaux- hostile à toute idée d’un régime de planification centralisée. Il ne s’agissait donc pas d’une mise en garde idéologique, mais scientifique.

C’est une aberration en effet que de vouloir organiser le libre-échange international sur des marchés peu concurrentiels alors qu’à l’échelon international ne s’exerce aucun mécanisme fort supranational de solidarité : la communauté internationale n’a même pas su éradiquer la faim et 40% des êtres humains, aujourd’hui, n’ont pas accès à une nourriture satisfaisante pour se maintenir en bonne santé selon la FAO (l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture).

Souveraineté et solidarité


Il faut en finir avec des accords de libre-échange qui permettent à des grandes firmes de produire là où les salaires sont plus faibles et où les normes environnementales sont les moins contraignantes. Et d’importer des produits à des prix évitant d’augmenter les salaires mais en ruinant les PME et les petits exploitants agricoles.

Le commerce international doit être établi de telle sorte que chaque nation partenaire en retire des avantages, de manière équitable. Tant que la solidarité internationale reste limitée et fragile, et alors que le commerce à longue distance dégrade l’environnement, la production et la consommation locales doivent être privilégiés en particulier pour toutes les productions indispensables.

La souveraineté alimentaire en est le socle, mais tant l’épisode du Covid que la guerre en Ukraine ont montré que cela concerne également de nombreux produits manufacturés. On ne peut s’engager dans des accords d’échanges internationaux sans politique de production nationale assurant des objectifs de souveraineté et de solidarité.

Il convient donc de négocier des accords de commerce équitable avec des partenaires avec lesquels nous pouvons échanger des biens symétriquement indisponibles ou indisponibles en quantité suffisante, sans concurrence déloyale en termes de qualité et de prix et en nuisant le moins possible à l’habitabilité de la planète.

Marc Humbert, professeur émérite d’économie politique, Université de Rennes
Président de l’association Les convivialistes.


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Le drame des agriculteurs est aussi notre drame
Le mal qui touche les agriculteurs, et nous concerne tous, porte un nom: productivisme.

"Le mal qui ronge l'agriculture, c'est celui qui nous ronge tous et auquel il faut sans plus tarder décider d'y remédier".


Le drame des agriculteurs est aussi notre drame

Publié le 30 janvier 2024 par Ouest-France et vous pouvez télécharger le post d'altersocietal


Arriverons-nous, face à la colère, cette fois des agriculteurs, à percevoir l’ampleur du drame dont ils sont des jouets plus que des acteurs ? Ils vivent avec douleur la terrible séquence d’un drame aux multiples scènes et dans lesquelles, nous sommes tous pris.

Disons-le tout net : nous n’y mettrons pas fin en bloquant le prix du gasoil non routier, en mettant des prix plancher ou en simplifiant les formulaires pour obtenir une aide de la PAC, si inégalement répartie entre les agriculteurs. Pas plus en supprimant les normes et en permettant l’usage du glyphosate et autres produits dangereux en premier pour les agriculteurs. Encore moins en autorisant la mise en place de très grandes bassines, ou de fermes de mille vaches.

Nous avons sacrifié nos valeurs


Leur drame, qui est nôtre, est d’abord celui du productivisme, responsable de la crise écologique dont nous sommes alertés depuis cinquante ans. Avec le premier sommet sur l’environnement en 1971 et le rapport au club de Rome de 1972 sur les limites de la croissance. Les responsables politiques qui en ont pris conscience se sont laissés convaincre par toutes les forces qui prospèrent sur la poursuite du productivisme et qui se mobilisent pour inciter à poursuivre une croissance perpétuelle. Kenneth E. Boulding, interrogé par le congrès américain après le rapport de 1972 a déclaré : « celui qui croit à une croissance infinie dans un monde fini est soit un fou soit un économiste ».

Notre drame est aussi lié à ce que nous avons sacrifié nos valeurs pour aider ce productivisme à dépasser ses limites montrées par la crise de 1973. Nous avons permis la financiarisation de l’économie instaurant une économie d’endettement, la numérisation permettant d’inciter à la sur-consommation et accepté la révolution Thatchérienne avec ses privatisations, déréglementations, dérégulations et mondialisation des marchés. Y compris la réforme de la PAC sous la pression américaine, à partir de 1989.

Ce mal qui nous ronge tous


Tout ceci a remis en cause l’effort lancé en 1946, mais inachevé, de plus de justice sociale : les inégalités économiques sont reparties à la hausse partout dans le monde, accompagnées du détricotage des protections sociales., Notre drame est en effet celui d’une injustice sociale, que quelques décennies de croissance régulée avaient adoucie, mais que la dérégulation a renforcée, alors même que la croissance dérégulée patine malgré tout. Et se heurte désormais aux limites de l’habitabilité de la planète.

Notre drame est donc celui d’une incapacité à quitter ce modèle productiviste anti-social et fauteur de catastrophes environnementales. Y parvenir exige d’en reconnaître la nécessité. De ne pas se contenter du discours de la Cop 21 à Paris en 2015 ou de convoquer une convention citoyenne sur le climat sans en suivre les recommandations, en 2020. La mobilisation nécessaire est du type de celle lancée en 1946 pour la « modernisation » de la France. Il faut convoquer tous les partenaires économiques et sociaux, à tous les échelons du pays, avec un cap clair. En finir avec le productivisme et l’aggravation de l’injustice sociale. Et se mettre au chantier.

Ce n’est pas une mince affaire. Elle va bien au-delà du drame de l’agriculture, mais il y est lié et ne pourra être surmonté sans s’attaquer à ce qui le suscite. Les expédients ne seront que des baumes sur les douleurs, car le mal qui ronge l’agriculture c’est celui qui nous ronge tous et auquel il nous faut sans plus tarder décider d’y remédier.

Marc Humbert, professeur émérite d’économie politique, Université de Rennes
Président de l’association Les convivialistes.


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